Archives pour la catégorie textes & ouvrages

À bras-le-corps (essai)

Maria Clark, À bras-le-corps, La plâtrière éditions, 2012, 72 pages, 10 euros.

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« Je donne mon corps à l’art et à l’étude de l’art. Voilà qui est dit. » D’intimes réflexions sur les activités de modèle et d’artiste-performer.
Vous pouvez commander l’ouvrage chez votre libraire ou en faisant la demande par courriel à: la.platriere@yahoo.fr

 
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Avant-propos
Ce texte aurait pu avoir pour titre Autoportrait d’un modèle. Mais il s’agit d’une histoire de corps – tête incluse, oui. Il aurait fallu donc spécifier « autoportrait en pied ». C’est l’autoportrait en pied d’un modèle.
Modèle est pris ici dans un sens plus large que celui communément admis du modèle qui pose pour un peintre. Il ressemble plutôt, en bien des points, à celui avec lequel travaille Robert Bresson. Le cinéaste préférait le mot de modèle à celui d’acteur. Pour lui, le modèle est une personne vraie, qui ne joue personne, dans l’être avant tout, et dont le mouvement va du dehors vers le dedans. (Il l’oppose ainsi au paraître et au mouvement de l’acteur, du dedans vers le dehors.)
Il se trouve que mon travail d’artiste-performeur, dont je parle également ici, suit cette même direction. Il est en correspondance avec mon travail de modèle. Ces deux activités, qui tissent mon quotidien depuis de nombreuses années maintenant, sont en effet liées. Je n’avais aucunement envie de parler de l’une sans parler de l’autre, d’exclure l’une au profit de l’autre. Et je ne pouvais pas non plus ne pas parler de moi. J’ai donc opté pour un essai intime.
Au fil des lignes et des allers et venues, des points et des ponts se dessinent. Il est question de présence, de nudité, de représentation, d’exhibitionnisme, de don, d’engagement, de temporalité, d’immobilité, de cloisonnement, d’entre-deux.
Je décris le déroulement des séances de pose, me penche ensuite sur mes œuvres plastiques et performatives, questionne mon rapport au travail, à l’action.
Ceci est un manifeste. J’y expose ma position, individuelle, collective, esthétique et politique. C’est un témoignage, avec tous les sens et contresens inhérents à n’importe quels parcours et point de vue. Hormis le fait qu’il décrive à grands traits des activités complètement méconnues, j’espère qu’il viendra alimenter chez chacun le désir de trouver sa propre ampleur. C’est ce qui me tient le plus à cœur. Il est essentiel d’avoir cette force, pour soi, pour le vivre-ensemble, et pour échapper à toutes les sortes de manipulations, conscientes et inconscientes, et d’idées reçues qui parsèment notre quotidien.
J’aime l’idée de transmission. Cette transmission, c’est le moment même de l’acte de la pose, celui de l’acte de la performance. C’est ma position, mon travail artistique. C’est l’écriture de ce texte.
J’aime les mots. Et j’aime le silence.
J’aime beaucoup le silence.
Paris, 2011

La Danseuse de cire (récit)

Maria Clark, La Danseuse de cire, La plâtrière éd., réédition 2020, 56 pages, 9 euros.

« L’histoire de Grande Mère est la mienne. »
Invalide, tiraillée entre l’envol et la chute, une femme, assistée par sa grand-mère, est confrontée en ses derniers instants à ses souvenirs personnels et transgénérationnels. À travers une narration ciselée et imagée, on la devine danseuse, amoureuse, femme, enfant, mère, issue d’une lignée d’exilé.e.s.
Réédition d’un récit court (publié une première fois en 2003), avec sa nouvelle couverture-peau de l’auteur.
#corps, #achronologie, #mémoire, #érotisme, #transmission, #exil.
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Mon très cher corps

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Mon très cher corps,

Ce que j’aime avant tout chez toi c’est ta présence. Ton engagement au monde, de l’ici et maintenant.
Tu es constitué de chair, tu as une masse, un poids, un contour. Mais ton intensité, elle, ne se mesure pas.
Je t’expose régulièrement au regard des autres, de mes alter ego, tel un miroir. Tu es dénudé ou vêtu, simplement là, empreint de toute ta complexité. Humain, quoi. À la fois singulier et universel, tu proposes des attitudes ordinaires, extraordinaires, une démarche, un style, en équilibre sur le monde.
Ta forme est plutôt lisible, tonique, musclée. J’aime chez toi certaines parties; et d’autres me plaisent moins. Mais pourquoi te détailler alors que tu formes un tout tissé par des réseaux multiples et invisibles, et que c’est cela, ce « corps du vivant », qui m’importe – avec ses failles, ses interstices, ses incertitudes.
Cher corps, tu te poses pourtant et je t’ancre, tel un pilier. Ton rôle est celui de soutien. Tu es là pour me conduire, pour accompagner le processus artistique, afin d’approcher le réel, un réel plus épais que celui que l’on perçoit de prime abord. Je te donne à manger de ce principe de réalité dans ce qu’il est de plus dense. Ainsi tu recueilles et impulses l’action; celle d’autrui et la tienne. Cette conscience vient peut-être du fait que tu as été nourri de soleil et que tu as parcouru la garrigue pieds nus de long en large alors que tu étais encore haut comme trois pommes?
Cher corps, avant toute chose, tu es libre. C’est la clé de ta puissance, cette liberté-là, corps et esprit compris. Je ne t’ai jamais scindé de l’esprit, sache-le. Et c’est ce qui fait notre force je crois. 
Ce sentiment de liberté est la condition même de ton existence, même s’il est parfois difficile d’échapper aux idées reçues, aux carcans induits par toutes ces images qui te rappellent quotidiennement que tu vieillis. Et si tu te dérobes parfois un peu plus avec l’âge, si le contexte environnemental te fait du mal car tu prends tout trop à cœur et à corps, je tâche d’accueillir cette douleur qui t’assaille. Je fais ce que je peux dans le monde tel qu’il est.
Cher corps, tu es mon minimum du faire, mon essentiel. C’est notre respiration qui nous nourrit, c’est elle qui te détend. Ce mouvement intérieur, ces flux qui nous organisent et qui transpirent par tous les pores de ta peau font ce lien indispensable entre ton dehors et ton dedans. Ils te relient aux autres. 
Tu es mon île; et tu prends ainsi place dans notre archipel.
Cher corps, je ne t’ai jamais vraiment mis au travail – tel qu’on l’entend communément- , ou très peu. Je t’ai mis à l’œuvre. Tu es mon instrument, mon incarnation, mon empreinte. Je t’ai créé un espace d’existence, loin du bruit et des foutaises, dans un espace qui m’est cher: l’espace de la création. Je te remercie de m’envelopper; et de représenter, à ta manière, l’élan de vie qui est en chacun de nous.

Les Cévennes, 27 février 2018

L’art corporel du modèle contemporain

Paru en 2009 sur elles.centrepompidou.fr à l’occasion de l’exposition Elles@centrepompidou

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© Riberzani

Maria Clark / L’art corporel du modèle contemporain
ART ET GENRE /

Maria Clark naît en Angleterre dans une famille mixte franco-britannique. Elle vit et travaille à Paris. Son travail considère les problématiques du corps, du langage ; des territoires et des frontières.  Il développe les thématiques du mouvement (corporel, migratoire) et de l’immobilité — poussée jusqu’à l’immobilisme. Ses propositions, de plus en plus engagées, s’inscrivent volontiers dans l’espace public de la rue. La première création de sa nouvelle série de performances sera présentée à Toulouse en septembre, Activist Bondage : Le corps de l’artiste, nu et immobile, fait œuvre. Artistique, esthétique et militant.

Si je tiens ici à livrer mon témoignage, c’est qu’il me semble essentiel de rappeler que le modèle physique, source d’inspiration du vivant, a sa place justifiée dans le paysage de l’art contemporain. Les arts actuels ne sont pas seulement les «beaux-arts» ; et les «expériences artistiques» relèvent également du champ esthétique…

Je vis mon activité de modèle comme celle de ma pratique de performeuse : une série d’actes militants, uniques et créatifs.
Le sens et la direction de mon travail, mon engagement physique et psychique, la mise en relation esthétique des formes, des lignes et des espaces, mon état d’être (ou de présence au monde) sont en effet similaires.

Être modèle du vivant, dans le sens d’un “Body Art”

Le Body Art, ou art corporel, est défini comme étant «un ensemble de pratiques artistiques effectuées sur et/ou avec le corps». L’esthétique de la présence du modèle pourrait-elle s’engager dans cette définition ? La position du modèle est ambiguë. «Au service» de l’artiste qui va utiliser sa force de proposition pour créer, le modèle est pourtant sur l’instant même de sa présence tel un performer, en «pratique artistique» – du moins c’est comme cela que je le vis. (Il y a certainement autant de possibilités d’aborder ce métier qu’il y a d’individualités et d’intimités. Chaque modèle a son style, sa façon «d’être» du métier).

J’ai eu personnellement la chance de travailler plusieurs années avec le peintre Daniel Riberzani qui reconnaissait l’importance de mon engagement dans cet instant spécifique de la rencontre créative entre le modèle et le peintre. Il a toujours parlé de «notre» travail. J’étais, à cette époque, très militante dans la lutte pour les sans-papiers et j’arrivais au séances de travail chargée de colère. Daniel était également dans une colère sociale.
Notre travail a finalement consisté à mettre en relation nos deux états intérieurs de violence, dans le sens positif du terme – celui qui fait bouger les choses – dans un processus alchimique de création : moi avec mon corps, lui avec ses crayons.
Les dessins qui existent de cette période sont à mon avis les meilleurs qu’il ait réalisés avec moi. En tout les cas, ce sont ceux dans lesquels je trouve la plus forte résonance de ce que j’ai créé par l’affirmation de mon corps en tant que «corps incarnant, gage d’une fusion de l’art et de la vie».

Finalement, je définirai deux moment clés qui font œuvre :
– Le moment de l’acte créatif, «l’événement de l’œuvre», celui de la performance du modèle, de sa rencontre avec le peintre ; création vouée à disparaître.
– La finalisation, «l’avènement de l’œuvre», une création différente de la première ; celle qui reste.
C’est effectivement le peintre (le sculpteur ou le photographe) qui réalise cette trace. Il a donc tous les honneurs de l’artiste, ce qu’il est, nous sommes bien d’accord. Mais le modèle, lui, n’aurait-il servi qu’à réaliser cette œuvre-là ? Celle qui finalement sera accrochée dans les musées…
Et si, à l’heure où le champ de la performance et de l’art s’est considérablement élargi, le moment de l’expérience performative du modèle était lui aussi considéré comme faisant œuvre ? La pratique contemporaine du modèle pourrait peut-être enfin remettre en question les idées classiques et passéistes si présentes dans l’imaginaire collectif, et que le modèle se trimballe malgré lui.

publications et paroles

L’écriture est à la base de bon nombre de mes travaux plastiques et me permet également d’investir des terrains fictionnels ou théoriques par des articles ou des ouvrages. Elle donne du sens et de la cohérence à mon univers; je peux ainsi transmettre ma pensée du monde et de l’art. Je considère la pensée comme une matière, je la travaille de la même manière que tout le reste.

Ouvrages

  • Sources et impact de l’art d’un point de vue philosophique, (All.) de Günter Gersting, 2022
  • La Danseuse de cire, récit, La plâtrière éditions, 2003 (réédition 2020)
  • À bras-le-corps, essai, La plâtrière éditions, 2012
  • The Unbearables Big Book of Sex, Ron Kolm Editor, New York, 2011
  • Contre les murs, Frédéric Niel, Bayard Culture éditions, p.93-95, 2011
  • Quand j’étais un ange à Denehurst Street, récit illustré par Cécile Mury, La plâtrière éditions, 2005
  • Belleville des vivants, contes et chroniques, La plâtrière éditions, 2003
Revues papier et en ligne
Colloques

Autres textes

Anatol, du pays des pierres , film super 8, 2001
Le Mur d’en face, installation vidéo, 2006
Welcome to France, performance, 2006
Chimera, vidéo, 2010
Le Territoire d’Iz (Izone), performances, 2010
Mue de toi, performance, 2017
Survolt, vidéo, 2019

Entretiens (sélection)

Entretiens dans le cadre d’une recherche:

  • Mathilde Jeanneau, à propos de la coordination des Modèles d’art (2019)
  • Damien Couget, doctorat en anthropologie sur les modèles (2018)
  • Alice Tariant et Anna L’Hospital, La Question du geste (2017)
  • Cyrille Bochew, licence – département Danse de l’université Paris VIII (2014)
  • Sabine Pakora, master 2 de coopération artistique et internationale (2013) Lire l’entretien >>
  • Léonore Graser: thèse de sociologie sur les liens entre socialisation et pratiques de lecture et d’écriture (2007)